dimanche 2 décembre 2012

Detchema, Revillon 2012.



Quand en flânant dans une boutique de parfums rares parisienne bien connue, tout en discutaillant de-ci de-là avec les amis présents ce jour là, reniflant d'un nez distrait une touche ou deux, l'on tombe en arrêt sur un flacon qui semble vous faire de l’œil et que dans un frisson d'extase l'on murmure: floral aldéhydé ! 
Puis, Detchema ... (avec une pointe d'accent russe et la toque en fourrure de lapin blanc en tête ). 
Où l'on apprend ensuite au détour d'une conversation avec la dame exquise et excentrique à souhait ayant eu la bonne idée de relancer ce parfum oublié, que le mot detchema vient en fait d'une déesse tibétaine de la joie dont le nom signifie "qui apporte le plaisir". Et ça, je veux bien le croire, vu le plaisir que j'ai justement à le porter depuis quelques jours que le froid mordant vient figer la ville endormie.

Detchema est donc de retour, qu'on se le dise. Un revenant des années 50 qui avait tant bien que mal traversé les décennies suivantes avant de plier l'échine devant les bombes orientales survitaminées des années 80 et le désert propret des années qui suivirent. Un floral aldéhydé comme tant d'autres avant, mais avec cette touche d'innocence qui le rendait printanier, guilleret presque. Il intègrait à l'époque les nouvelles matières disponibles et rajeunissait les grands anciens en incorporant de jolies notes vertes rieuses.

Une tête d'aldéhydes pétillants, d'agrumes et de pêche qui donnent le ton. Le cœur, floral bien sur, s'enrichit donc de notes lactées fraiches et tendres de muguet  et de jacinthe pour un effet transparent et humide qui se mêle magnifiquement à de la rose. Plutôt un effet de rose d'ailleurs, la sensation tactile, la texture et l'épaisseur d'un tissu couleur chair, secondé par un jasmin qui lie muguet à l' ylang crémeux. Un bouquet abstrait tout en finesse qui repose sur un solide fond onctueux  de notes boisées, santal et vétiver pour la structure, d'iris qui le glace et l'enracine, de crémeux coumariné, d'ambre et de musc.

Un parfum matière: un drapé parfait, la richesse et l'élégance, l'onctuosité la suavité de monuments comme le N°22, le même genre de classicisme, moins dramatique et mystérieux peut-être, mais la luminosité et l'éclat cristallin en plus. Je le perçois définitivement de couleur chair, un velours pêche moelleux, un bas de soie beige peau, une main qu'on dégante dans un crissement quasi électrique: soyeux, confortable et  sophistiqué. 

L'on m'a assuré que la résurrection est bien fidèle à l'original, la formule n'a pas été remaniée et l'ensemble est à vue de nez respectueux du Detchema d'antan. A l'heure où le N°5 de Chanel, l'archétype du floral abstrait, subit une sévère cure d'amaigrissement, devenant de plus en plus bancal, cette résurrection est la bienvenue et offre une alternative  plus que décente pour les afficionados de jus classieux, un poil hautains et détachés du monde mais tellement moins racoleurs que les parfums guirlande de Noël qui sortent à tour de bras. 
Pour les femmes qui disent non à la facilité ou les gars téméraires dans mon genre qui n'ont pas peur du décalage.



Photo: Joana Lumley dans la peau de Purdey (Chapeau Melon et bottes de cuir). 
Detchema est disponible à la boutique Jovoy, rue Castiglione à Paris.

5 commentaires:

  1. Grande amoureuse de Detchema, je me suis ruée sur la reformulation chez Jovoy. Verdict : elle tient la route ! une vraie gageure en ces temps de reformulations/défigurations.

    Detchema est pour moi la grand-mère de Paris, la soeur du 22, de Je Reviens et de l'Air du temps. Un fleuri aldéhydé très classique et de bon ton (j'ai pas dit mémé ! - mot d'ailleurs qui n'existe pas dans mon vocabulaire).

    En revanche, mémé, il faut pas la pousser dans les orties, et un flacon de 75 ml à 180 euros euhhh comment dire ???? C'est pas un peu du foutage de gueule ? Parce que "de mon temps" (pas si éloigné que ça, mon dernier flacon de Detchema a été acheté en 2010) il valait dans les 55 euros (le 50 ml d'edt).

    J'ai mis récemment le nez sur l'extrait (avant reformulation mais lui je crois a été abandonné dans cette concentration) qui lui même s'est posé sur ma peau : roooooaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhh

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    1. Ah je suis content de ton verdict! Ca tient très bien la route c'est vrai.

      Et pour le prix, c'est l'édition numérotée qui était à 180€. Je l'ai vu en boutique à 140 euros les 100ml, c'est déjà plus décent.

      Extrait? J'en frissonne.

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  2. 140 euros "seulement" ?? presque pas assez cher LOLLLL

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  3. Un parfum miracle 'à l'ancienne' qui ne ressemble à aucun autre et qui confère à l'espace une présence aussi forte que tenace. La première note est sans doute la plus fleurie, les suivantes sont plus sourdes et mystérieuses. Pour "femme-fourrure" à-part, inaccessible et rêveuse d'étoiles. Né dans les années 50, il colle particulièrement bien à la peau des grandes années 70. Aujourd'hui sans la moindre ride puisque hors du temps (inimité, inimitable), Je l'ai effectivement retrouvé en exclu à l'adresse que vous évoquez plus haut. Je l'avais offert à ma mère qui avait été le sien depuis toujours mais introuvable depuis longtemps. On le lui a volé. 180€ est horriblement cher et inaccessible. Même Frédéric Malle, un roi de la branchitude olfactive reste plus raisonnable. C'est bien dommage...

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  4. Je porte Detchema comme un bijou. J'ai eu le bonheur de le retrouver 40 Ave Montaigne à la boutique Revillon qui s'appelle à présent Solomon. L'accueil est charmant et on n'est pas tenu d'acheter de la fourrure. Le flacon de 100ml coûte 140€.
    J'aimais aussi l'incroyable et merveilleux Je Reviens de Worth qui était le parfum de ma grand mère mais qu'on ne trouve plus nulle part hélas !

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