mercredi 18 juillet 2012

Séville à l'aube, L'Artisan Parfumeur.

Enfin!
Cela fait longtemps qu'on en cause en coulisse, le bruissement du parfumista  aux aguets ayant fait son effet, on l'attendait avec impatience et cela fait des mois maintenant que j’espère porter ce nouveau parfum de l'Artisan Parfumeur à la naissance un peu particulière. Le créateur c'est encore une fois Bertrand Duchaufour,  guidé cette fois-ci, inspiré par Denyse Beaulieu  écrivaine et blogueuse émérite sur Graindemusc et auteure d'un livre relatant la genèse du parfum. Une naissance particulière donc puisque pour une fois, une passionnée de parfum (je donnerai cher pour fouiller ses armoires.. et son frigo) a pu suivre pas à pas l'élaboration, de l'inspiration au produit final, d'un parfum en y insufflant ses références et son histoire.
Je n'ai pas voulu lire le livre de Denyse avant d'avoir pu découvrir Séville à loisir, pour mieux y  coller mon imaginaire; mais mon exemplaire trône sur ma table de chevet attendant son heure. 
L'histoire d'un parfum qui raconte une histoire.


Alors Séville? Forcément c'est une fleur d'oranger, la ville est célèbre pour ses orangers, mais on est  loin du simple solinote. Le parfum est incroyablement dense et fondu, facetté et à mon avis l'une des plus belle création de Bertrand Duchaufour à ce jour.
D'abord un petitgrain citronnier éclatant, une sève verte et brillante, quelques aldéhydes mandarines font briller le tout. De magnifiques notes vertes et fraiches qui semblent suspendues dans l'air et l'on aimerai qu'elles durent toujours. Une ouverture incroyable de maitrise, d'énergie et de vivacité.
Le parfum pourrait prendre le tour d'une cologne, on sent un instant poindre une lavande qui va virer liquoreuse, grâce à la lavande sévillane, très différente de l'idée de lavande que l'on peut se faire: l'absolue est épaisse, vert sombre, résineuse, ambrée et presque cacaotée, cire. Quelques épices corsent le tout, cardamone et baie rose, discrètement, car la star a déjà pris le dessus.

Dès le départ  l'absolue de fleur d'oranger est  présente, en majesté, elle est au cœur de cette histoire, entourée de jasmin et de magnolia, autant de fleurs chaudes et rayonnantes qui évoluent de la fraicheur verte à l'opulence. Et bien sûr oui, je pense pâtisserie orientale, douceur de la fleur des anges réputée pour ses propriétés calmantes. L'anthranilate de méthyle commun a beaucoup de fleurs blanches apporte même ses accents de guimauve. Mais sentez donc de l'absolue de fleur d'oranger et le ton change: narcotique, enivrante, lourde, quasi animale. Et l'on peut faire confiance aux deux complices pour avoir soigneusement su éviter le piège de l'alimentaire et du doudou pour proposer un autre thème: Enfin une fleur d'oranger pour adultes!

Car l'histoire tournerait court si ne venait se mêler à la danse un encens et des baumes, myrrhe et benjoin sur tapis de musc sec qui insufflent une tension entre l’érotisme de la fleur suffisamment indolée et indolante pour nous enivrer et l’ascétisme, la sècheresse de l'encens et des baumes qui s'annoncent, s'avancent en procession dans les rues de Séville à l'aube. Le lien entre les deux c'est la cire d'abeille qui reprend les facettes animales de l'absolue fleur d'oranger et rejoint la myrrhe et le benjoin. Tout se tient. Le fond roule, embaume, s'assèche comme un vent chaud de sable et je chavire et fond dans sa douceur moelleuse et animale. 
C'est pour moi l'histoire d'une nuit torride étourdi de danses gitanes et de flamenco, un réveil sur la plage à même le sable dans les bras d'un inconnu, un peu hagard, il a un peu bavé et l'on respire l'odeur de sa salive sèche.  Autour, c'est la semaine sainte et les processions liturgiques battent leur plein, l'odeur des bougies et des encensoirs envahit la ville. Séville, à l'aube, un bel équilibre entre  l'intimité et la dévotion, sensuel et impertinent. Et une belle sortie pour l'Artisan parfumeur qui encore une fois ose allier audace et portabilité.
Comment ça, y'a pas la mer à Séville?



http://graindemusc.blogspot.fr/2012/02/perfume-lover-et-seville-laube-histoire.html
The perfume lover, a personal history of scent: Denyse Beaulieau



6 commentaires:

  1. Votre description donne envie Anatole.
    Je l'ai senti un peu rapidement ce Séville à l'Aube, sur touche et parmi d'autres effluves qui ont pu fausser mon appréciation.
    J'ai pensé à Boucheron pour femme ?! Mais ça reste à vérifier.
    Vous évoquez une certaine sécheresse dans l'évolution, c'est le cas aussi pour Nuit de Tubéreuse du même auteur qui est un de mes parfums favoris.
    Vivement un autre test sur peau !

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    1. Bonjour Amalia, je tarde à répondre, en vacances le temps passe vraiment différemment.
      Je ne connais pas bien Boucheron, mais pour la parenté avec Nuit de tubéreuse oui, je vois très bien. A ceci près que Nuit de tubéreuse est plutôt une déconstruction de tubéreuse et que Séville à l'aube habille la fleur d'oranger. Séville c'est ma vengeance sur Nuit.. qui tourne mal sur ma peau et que pourtant j'adore sur touche.
      J'ai porté Séville à l'aube plusieurs fois ces jours-ci et curieusement ce côté sec des muscs sans doute que je sentais au départ a fait place à un aspect plus gras de la fleur d'oranger que j'adore également.
      Bon tests en tout cas!

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  2. Je partage votre point de vue sur la similitude de certaines notes avec Nuit de Tubéreuse (peut-etre une note santalée synthétique...)
    Tous les deux sont de bien jolis soliflores plus complexes que prévus.

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    1. Ah tiens, je vais chercher ces notes santalées que je n'ai pas senti (et heureusement à vrai dire, mon nez est un détecteur à Ebanol et comme souvent avec ce qu'on sent très distinctement j'ai beaucoup de mal avec celle-là.
      "Plus complexes que prévus" c'est exactement ça!

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  3. A Séville, s'il n'y a pas la mer, il y a des îles de sable sur le Guadalquivir… et on pouvait y siester dans les herbes…

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    1. Quel programme! Un jour j'irais faire ça. :)

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