jeudi 2 avril 2015

Back from Esxence, the scent of exellence.

De retour de Milan, où je flânait le weekend dernier et où se tenait le salon Esxence, temple du parfum de niche, de distribution sélective, de la parfumerie artistique, de la haute parfumerie et autres dénominations non contrôlées. Un rendez-vous incontournable  mêlant parfumeurs, marques, revendeurs, distributeurs et passionnés, nez curieux en quête de nouvelles découvertes. Et ma foi il y avait de quoi. 
Je vous épargnerai la flanquée de ouds et de flacons qui brillent de milles feux, j'ai lâchement passé mon chemin, pour présenter deux ou trois choses que j'ai senties, aimées et dont j'avais envie de vous parler. 




Les marques : 

Rubini. Une toute nouvelle marque qui débarque avec un Fundamental racé, et élégant. Plongée dans l'histoire de la famille Rubini de Mantoue qui vend des parfums depuis 80 ans, Andrea le petit fils est un passionné et cela se sent. Il présente une lavande moderne qui évite la fougère tout en s'y référant, avec une note de raisin qui me plait beaucoup, une certaine amertume maquisarde et un fond tranquillement boisé.  

Malbrum : Une marque norvégienne inconnue au bataillon portée par Kristian à l'allure de surfeur australien, qui respire le bonheur de faire ce qu'il aime et de le partager. Un mélange de classicisme "à la française" avec la nature sauvage de la Norvège. Et trois parfums très intéressants que j'ai hâte de pouvoir approfondir et découvrir plus avant : Psychotrope, Tigre du Bengale et Shameless seducer. 

O'driu au rayon complètement allumé. Angelo Orazio Pregoni est un artiste conceptuel, les flacons, les parfums, tout est artistiquement très original, et vous savez quoi : les parfums sont tout à fait sentables et portables. M'ont plu : Peeti le parfum à personnaliser avec quelques gouttes de votre pipi (là, j'avoue, je me contenterai d'être tradi, la golden shower parfumée je ne suis pas sûr) et Eva Kant, très drama queen fleuri épicé aromatique assez bien troussé. 

Aimée de Mars : Après le concept, la traditionel et le naturel. La sympathique Aimée vient de l'aromathérapie, utilise majoritairement des composés naturels et crée des parfums qui du coup ont une âme, de la chair et racontent une histoire. J'ai beaucoup aimé la série Les étoiles d'Aimée et particulièrement Mystique améthyste qui curieusement m'a rappelé Émeraude. Ce qui n'est pas rien. 




Les parfums : 

Rosy, extrait de parfum, Vero Profumo. D'abord c'est toujours une joie de croiser Vero. Au détour d'un cocktail bondé, entre deux toasts et du champagne, n'est-il pas meilleure occasion de savourer Rosy, cette fois-ci en extrait. Le miel est plus épais, la tubéreuse plus mordante et ronde, ça a du chien comme on disait, de la gueule. J'adore. 


I Miss Violet, The Different Company. Longtemps reléguée au rayon mémère, la petite fleur qui porte le nom de sa couleur sort peu à peu du placard poussiéreux, le débarras aux vieilleries bonbonnières. La voici déshabillée par Bertrand Duchaufour à son meilleur : l' accord cuir violette végétale se fond au fruité velours de pêche et daim avec beaucoup d'élégance. La fille est joyeuse, rayonnante, sage avec un je ne sais quoi de déluré qui lui donne beaucoup de charme. La grand-mère, l’ancêtre  Jolie Madame oubliée dans un coin, sourie de connivence. Oh oui, vous nous avez terriblement manqué ma chère. 


Panorama,  Olfactive studio : Un vert tropical qui respire et vibre. Sur un accord wasabi très intéressant se greffent des notes vertes (je sens du lentisque et c'est très bien !) et une belle note de myrrhe amère et épaisse. A explorer, cette jungle. 


1831, Histoires de parfum : J'ai lu floral aldéhydé et tout de suite mon attention a été captée. Sortir ça en 2015 c'est aventureux, couillu disons-le, et j'admire la prouesse. Parce que le parfum bien que plongé dans l'histoire (et pas n'importe laquelle : Norma, l'opéra est un monument qui convient parfaitement au drame aldéhydé) est bien moderne, avec un poivre rose qui fait briller les yeux en ouverture. Pour la grande dame qui est en vous, les jours avec tiare.   


Arlequinade de Paul Poiret, présenté par l'Osmothèque. Comment dire : j'en ai les larmes aux yeux tellement c'est beau, du temps où la parfumerie s'inventait, on aimait la matière,  le velours, le taffetas, la moire et les drapés soyeux. J'aime tant ces froufrous, ces notes épicées et cette poudre qui vole joyeusement, presque insouciante. Un bijou. 
On ne dira jamais assez le magnifique travail, nécessaire, que fait l'Osmothèque. La passion de ses osmothéquaires, ici Bernard Bourgeois, est un bonheur pour les amateurs d'histoires de la parfumerie comme moi. 
En un mot : merci. 


L'Eau de Madeleine, Au pays de la Fleur d'Oranger. Coup de cœur. Une histoire de souvenir de sa grand-mère pour la créatrice. D'abord j'ai pensé : oh non, pitié pas de gâteau. Et bien pas du tout ! Un bel  encens hyper dosé en résinoïde, entouré de benjoin de vanille et d'un cuir tout en finesse pour le réchauffer encore, éviter l'église vue et revue et m'emporter au loin, vers une Mésopotamie fantasmée, quand on inventait l'écriture. Un encens païen en somme. En fait de madeleine, j'ai du vivre là-bas dans une autre vie.  

  


jeudi 19 mars 2015

Evaluations.



Tous les ans c'est la guerre, le drame, la saison des battle qui démarre.  La tubéreuse Castafiore deluxe siliconée versus la cocotte cosmétique chic, le macho poil frais peigné contre le métroriental gominé : L'Olfactorama commence.  Depuis deux ans j'ai la chance de faire partie des impitoyables jurés qui ont en charge d'élire le haut du panier de la création parfumée et j'ai reçu mon kit à tester : 30 échantillons s'étalent fièrement sur mon bureau.

Cette fois les organisateurs ont poussé la perversité jusqu'à nous proposer des tests en aveugle. Les vaches. Une fois de plus ils ont déniché la crème du meilleur des dix milles sorties annuelles (et je les plains sincèrement d'avoir à sentir toutes ces horreurs pour sélectionner le bon grain qui nous fera pâmer).
Bien sûr on refait quelques connaissances :  la bestiole du joaillier, le chichon de la diva, le fer à repasser, les chaps orange...  En bon vieux schnok parfumé  j'en entends qui se disent ( mais pas moi bien sûr) "Oh mon dieu, si ça se trouve je vais voter pour un Cerruti. " L'angoisse. 

Cette année encore une abominable kraken s'est glissé dans la sélection, exprès pour friser mon nez délicat, un mystérieux total look Adidas fluo qui réussi l'exploit de réunir tout ce que je crois détester dans un parfum. Et puis une découverte pour compenser, un coup de cœur qui porte le nom de code U3. Je brûle de découvrir sa véritable identité. 

Il y a des choses que je n'aime pas vraiment, mais dont je ne peux nier la maestria. Il y a des évidences, des adorations. Beaucoup de doutes, il faut choisir, éliminer.  On soupire, on râle, on lève le sourcil, le poing parfois, on pousse des hmmm de plaisir, on tergiverse, on chipote, on débat passionnément pour au final élire la beauté, le cru annuel, la virtuosité, l’enthousiasme et la renaissance d'une gloire déchue. 

 Bref, je m'éclate  et je retourne illico faire mes devoirs. 





Photo Helmut Newton. 


samedi 13 décembre 2014

Bois Lumière, Anatole Lebreton





Une amie italienne m'a fait remarquer que je n'avais encore rien écrit sur Bois Lumière. Mais où avais-je donc la tête ! Dans un buisson de chèvrefeuille sans doute, butinant au gré des promenades dans les collines et les calanques provençales. Car c'est bien là que tout à commencé pour Bois Lumière : le nez collé sur les immortelles qui cuisent au soleil. 

Je cherchais depuis longtemps à créer quelque chose autour du miel. J'avais bien essayé de l'associer à de la rose mais cela ne marchait pas vraiment. Le déclic vint donc d'une absolue immortelle absolument renversante que je testais un peu par hasard. Quelle claque ! Cette matière est d'une telle richesse, de la réglisse au curry, du bois au fruit, de la poussière au vert sombre, du sucré à l'amer : un bijou. J'avais enfin le lien entre l'animalité salive du miel et de la cire d'abeille avec le fruité confit boisé du l'absolue fir balsam et du genévrier nain corse, beaucoup moins aromatique que ses cousins. 
La structure du parfum était née, restait à l'habiller. Ou pas. 

Car c'est un parfum d'été à se prélasser nu sur un rocher avec la mer à proximité pour un plongeon salutaire. Un paysage buriné de garrigue prête à s'enflammer, une épaisseur de l'air, de la chair chaude qui se prélasse sur les tomettes. 
De la lumière, beaucoup, à faire plisser les yeux, éblouissante et le bois, résineux et craquant. 

Certain(e)s y entendent le  sifflement du percolateur et du café qui coule,  avec même une lichette de gnôle pour l'épicer, d'autre le chocolat torréfié. C'est d'une gourmandise un peu âpre, pas indulgente, l'immortelle ne se laisse pas facilement dompter. 

J'aime son moiré à fourrure chaude de félin qui sommeille dans les hautes herbes, ses accents d'épices crépitantes et surtout sa longévité : il s'étire pendant des heures sur ma peau. L'hiver il réchauffe et emmitoufle avec beaucoup de tact et transporte mine de rien vers des contrées au climat plus clément. 
Je suis très fier de Bois Lumière et d'avoir réussi à capturer un peu de la luminosité si particulière du midi. 







Bois Lumière, eau de parfum, 50ml : 90 € Pour plus de renseignements, me contacter ici : anatole.lebreton@gmail.com










mardi 4 novembre 2014

Jolie Madame, Balmain 1953

Et dieu créa Jolie Madame. 



Encore une résistante, née en 1953 des mains et du nez de Germaine Cellier, un délice de parfum bipolaire. La parfumeuse aimait les surdoses, les fractures et les chocs olfactifs, n'hésitant pas à marier les contraires. Sa violette douce et généreuse qui semble appeler tendresse et innocence est ici vite claqué au bec par la verdeur et l’amertume d'un cuir jouisseur, un tailleur à quatre épingles et le chignon crotte maîtrisé. 

Et l'on découvre que les ionones (la violette) aux accents boisés s'amourachent très bien de l'isobutylquinoléine (le cuir) subtilement fleurie asperge. Il faut tout le génie de Germaine Cellier pour enrober le tout des notes aromatiques presque masculines de coriandre et d'armoise, avec un floral axé sur la violette certes, mais aussi solidement épaulé par quelques fleurs blanches, tubéreuse en tête, et l'animalité du cuir et de la mousse en soutien. Typique de l'époque, complexe mais facile à porter, aimable sans plus. On sent que la jolie, il ne faut pas trop la chercher non plus. Elle est joueuse, avec les codes et les convenances.


Comparé à ses aînés Bandit et Cabochard, celui-ci est quand même plus gai et bien en chair et je l'adore pour ça. 
Il m'a un jour sauvé la vie, m'étant retrouvé par je ne sais quel sortilège dans une salle sombre devant Harry Potter,  entouré de trolls au relents de pop corn maltolé, d'une suspecte odeur de vomi plus bas dans l'allée et surtout d'un Miss Dior Chérie étalant sa vulgarité dans tout le ciné. Jolie Madame, miraculeusement fit  le vide autour de moi et le film ma foi ne fut pas si mal.

Donc, oui, je le dis : il faut porter Jolie Madame. Pour les soirées serre tête et jupe à carreaux chez l'ambassadeur du Bouthan. Ou comme une bourgeoise chabrolienne, délicieusement timbrée, en décalé. 
Hélas la version vendue actuellement nous joue la partition classique : on vaporise et on y croit un instant, et patatra, tout s'effondre, et l'on mesure la maigreur de la dame qui a salement morflée. Triste sort.




Photo : Stéphane Audran dans Dix petits nègres. 


lundi 27 octobre 2014

Une Fleur de Cassie, EDPFM





C’est très curieux ces parfums qu’on a détesté et qui basculent de l’autre côté du miroir et nous bouleversent soudain. Pour moi, Une fleur de cassie est de ceux-là. Longtemps je l’ai trouvé trop puissant, trop compact. Ses muscs me vrillaient le nez à la manière d’une poudre à récurer avec ces notes caractéristiques de pédiluve chloré. Y’avait de la piscine dans la cassie.
Et puis, à la faveur d’une reformulation drastique du côté de chez Malle où l’on rogne sur les couts, on dilue à tour de bras, voilà qu’elle devient acceptable cette fleur, même incroyablement portable.

Des éclats jaunes fleuris qui s’envolent, un ambre blanc soulevant le tapis vert poudreux complexe de la cassie merveilleusement travaillée qui colle au corps, à la chair. Dépouillé des afféteries miellées anisées amande du mimosa poupoule, point  de vanillade, d’amandine, de collant du gâteau. De la tenue, une rigueur, des voiles légers, de l’abstrait, un tableau élégant d’un romantisme fou. Énigmatique, un parfum libre, jazz. 
Et dire que j’aurai pu passer à côté.


C’est l’automne, les forêts sont cubistes, la ville s’emmitoufle et je déambule sur mon tapis roulant de cassie avec bonheur. 






Photos : Accacia Farnesiana et Nina Simone.

dimanche 15 juin 2014

Hérésies de la fournaise




Naaaan, je n'ai rien écris depuis février ! Cinq mois déjà. L'été est là et je n'ai pas vu passer le printemps affairé à donner vie, écrin et publicité à mes trois créations parfumées. L'aventure continue, je suis stupéfait de l'ampleur que cela prend, souvent dépassé par les évènements, mais surtout heureux, très, de voir et de lire les réactions provoquées par mes bébés. 
Mais quand même cinq mois, c'est long. Et je n'ai rien vu passer. 
Et déjà l'été...

Alors pour reprendre langue, comme il se doit, pourquoi ne pas faire défiler les heureux élus qui auront droit à se dévoiler sur nos peaux durant les chaleurs estivales. Pas les petites fleurs timides et rafraichissantes, non, les grosses artilleries et les tueuses, de celles qui soignent le mal par le mal.
Je ne suis pas homme à citronnade, les hespéridés m'emmerdent généralement, et à mon avis la fraicheur s’accommode mal des températures de la Provence assommée de soleil. Leur durée de vie me dissuade souvent de passer par eux pour tenter de rafraichir mon corps embrasé, il me faut plutôt du lourd, de l'intense, de la personnalité pour parcourir les collines crépitantes de cigales excitées. 

Voici donc une sélection de destinations parfumés pour cet été qui s'annonce torride : 

Vamp à New York pour commencer,  parce que les fleurs blanches et plus particulièrement la tubéreuse, elles ont du coffre et savent chanter, quand même les pies et les pigeons ont cessé de chiner. Cette tubéreuse un peu vahinée, s'est roulée dans la vanille monoï et ondule soyeuse imperturbable quand le soir tombe alors qu'elle riait à gorge déployée au matin. 
Une variante calédonienne : Manoumalia  et ses chairs voluptueuses. 

Lonestar memories, un des premiers Tauer, l'un des plus beau, des plus caractériels. Il sent la sueur des travailleurs de la route, la créosote noire dont on badigeonnait les traverses de chemin de fer, l'ambre sec et poussiéreux, la suie, le cuir sur la moto. Une découverte magique d'un été californien en descendant la jolie route de Topanga Canyon vers la plage de Malibu où je me suis baigné goulument en me demandant d'où venait ce fumet de viande rôtie, avant de saisir que c'était moi, torride qui le dégageait. 




Sables bien sûr, c'est une évidence. Parce que l'immortelle crame au soleil sur les collines corses et enivre les téméraires qui s'y aventurent. Parce que ses notes salées, épicées curry, sèches, poussières et vanille douce, se mêlent admirablement à la peau malmenée par les UV. 
Autres variations sur l'immortelle  s'épanouissant au soleil : Fougère Bengale  et sa lavande virile,  et bien sûr mon Bois Lumière, en ôde à la fournaise. 

Viril aussi et tellement chic, Sycomore chez Chanel comme tous les vétivers est délicieux. Évidemment je les préfère hard core, comme Turtle by LesNez. Pas trop de pamplemousse pour moi avec la racine verte et terreuse, merci. 

Fumerie turque sous l'orage qui tonne dehors et les 36° qui pointent au thermomètre : une finesse de coulis exotique qui s’échapperait d'un narguilé lointain et embaume, fait corps avec la peau moite.  Délicieux.

J'ai déjà parlé d'Antilope, mon aldéhyde d'été, savane et fourrure alanguie sous le baobad. Et de Chaldée itou, que dire de plus, rien, écouter le bruit du ressac sur la plage, poser la tête dans le sable et rêver. 

Et le Tom ford aussi, Sahara noir tous poils au vent dans la décapotable sur la côte d'Azur, un peu beaucoup passionnément cliché mais c'est si bon de faire la nique aux Invictus et autres senteurs de pastilles bleues dans les WC. 

Une pirouette : Nuit de Noël de Caron donne tout ce qu'il a en été, ses rondeurs épicées, son taffetas moelleux et aérien qui éclaire cette rose ténébreuse s''aventurant dans les sous-bois. Essayez vite l'extrait tant qu'il n'est pas stupidement retiré de la vente par la maison. 

Une nouveauté peut-être ? J'avoue avoir été fainéant et peu senti ces derniers temps. Mais je confesse, à total contrecourant de ce que j'ai jusque là tonné, que Terre d'Hermès Eau très fraiche est terriblement jouissif. Frais oui et boisé, facile et pas exigeant. Tout ce qu'il faut pour une série de tapas en terrasse. 




Vamp à New York : honoré de sprés
Manoumalia LesNez
Sables Annick Goutal
fougère Bengale Parfum d'Empire
Bois Lumière Anatole Lebreton
Sycomore Chanel
Turtle vetiver LesNez
Fumerie turque Serge Lutens
Antilope Weil
Chaldée Jean Patou
Sahara noir Tom Ford
Nuit de Noël Caron
Terre d'Hermès eau très fraiche Hermès






vendredi 7 février 2014

L'Eau Scandaleuse




Il était une fois un rêve, celui d'une créature charnelle exubérante traversant l'atelier obscure et austère d'un antiquaire. Où parmi les fauteuils en cuir râpé et les vieux livres parcheminés se glisse furtivement un bouquet de fleurs sauvages et bestiales. 
Ce fut le point de départ, concilier deux mondes a priori opposés : une tubéreuse insolente, la reine des garces fleuries avec la patine d'un cuir sec et tendre, animal et racé. Comme une danse, un combat. Tantôt l'une gueule sa gouaille, tantôt l'autre claque son fouet. Puis quand on croit qu'ils s’essoufflent, la chair de la tubéreuse s'emmêle à la peau sèche du cuir et le duo s'alanguit sur un tapis mousseux quasi chyprien. 
Voici L'Eau Scandaleuse, mon deuxième parfum. 



Elle est  rock and roll, elle en fait trop : 5% d'absolue de tubéreuse, du jasmin, de l'ylang en renforts, c'est beaucoup, c'est énorme, c'est cher et très chair. Scandaleusement.
D'abord une bergamote rapide, du davana liquoreux et fruité qui jouxte une note de pêche hommage à mes chyprés adorés. Le trio de fleurs, tubéreuse en vedette monte en puissance tandis que déjà le cuir perce et ramène son velours sec et moelleux. L'accord est saupoudré de mousse de chêne, soutenu par du castoreum, animal cuir et fleuri à la fois, et du cypriol nagarmotha, une genre de patchouli cuiré. 




Créer ce parfum ce fut  une bataille pour arrondir les angles, gommer les aspérités et les aspects gueulards de l'un et de l'autre pour les laisser faire connaissance et s'accoupler. Parce que oui, les notes chair en décomposition de la tubéreuse s'accordent merveilleusement à la peau tannée du cuir, l'animalité de l'un et  l'autre se répond et s'emboite. Le végétal de la fleur se marie au vert rêche de l'IBQ, matière cuirée par excellence. La douceur et l’opulence des lactones se pose naturellement sur le tapis de daim souple du suederal, une base fantastique d'IFF. Et l'on découvre que le mariage diabolique est naturel.
Ce fut un long combat également pour trouver le bon flacon, la belle boite et aller jusqu'au bout de la création. Que dire sinon que je suis on ne peut plus fier et encore plus abasourdi et profondément touché des réactions que provoque mon Eau Scandaleuse. 



Le flacon est disponible en 50ml au prix de 90 €. 
Pour plus de renseignements c'est ici : anatole.lebreton@gmail.com



Photos : La première est de Dau (avec en prime un article magnifique, merci très cher). La seconde et la dernière sont de moi et instagram bien sûr, et la troisième de Rfablarage que je remercie également.

dimanche 2 février 2014

Alliage d'Estée Lauder, 1972.




Nouvelle année, nouveau billet. 
J'ai souvent écrit sur des parfums dévergondés, des parfums culottés voire carrément déculottés et plutôt du côté poule de luxe du curseur olfactif ; Alors une fois n'est pas coutume pour bien commencer et reprendre langue (oui, cela se dit c'est chic non ? ) et après une interruption de près de deux mois, voici dans le genre propre et sportif : Alliage.  
Un chypré vert, aromatique et savonneux, typique des années 70 à la sauce Lauder c'est-à-dire avec une voix forte, qui porte et longtemps. 

A la vaporisation on est emporté par un galbanum giclant arrosé d'aldéhydes. Les facettes fruitées du galbanum sont supportées par une touche de pêche et des agrumes discrètes. Les aldéhydes font l'effet du vinyle en peinture ou de la 3D au ciné, ils rendent tout plus lumineux en rayonnant et offrent un volume impressionnant, ici ils donnent de l'air et un aspect propre dont la suite ne se départira pas.

Des notes vertes aromatiques (thym, pin, un peu sauge à mon nez),  bucoliques à souhait, sont soutenues par un joli fleuri humide, zen, sabre et buisson de thé. Une amertume jouissive, des accents métalliques qui se fondent magnifiquement sur une base mousse vétiver et même de la myrrhe un peu baumée. 

Une classe folle pour ce  parfum qui respire, qui sent bon le plein air, et qui m'évoque un métal argenté avec des iridescences vertes claires. Lumineux, souriant et même carrément ultra bright.   Le parfum de l’américaine idéale, la super woman athlétique, grande et un peu carrée avec un caractère bien trempé et un sourire carnassier.

 Ce n'est pas un parfum réaliste,  c'est un parfum concept, abstrait  qui évoque plutôt une ambiance.  Et j'imagine un court de tennis et les drôle de dames en micro short blanc immaculé qui courent après la balle en riant, jamais décoiffées, increvables. Alliage n'est pas spécialement froid, mais il a quelques chose d'une peau nue frissonnante et un peu humide de sueur après l'effort.

Alliage, réveillez la Jill Munroe qui est en vous. 



Photo : celebrityphoto.com

dimanche 24 novembre 2013

Bal à Versailles, Jean Desprez 1962






Dans la série cocotte rondouillarde qui se pavane dans les salons, voici Bal à Versailles, oriental épicé qui ne fait pas dans la demi mesure et empli l'espace, moelleux et velouté façon draperie opulente. Aristo au bal sans aucun doute mais ne nous leurrons pas, elle a beau être attifée pour la fête c'est une sans culotte. La robe peut dégueuler de jupons et de mousselines, cela ne l'empêche pas de se faire trousser en douce derrière une tenture du château. 

Cela dit, ça démarre plutôt sagement sur des notes fraiches et rieuses de bergamote, de mandarine et de néroli. Quelques aldéhydes soulèvent le tout pour donner plus d'allant, presser le pas, car dès l'attaque on sent poindre le tapis persan, le vieux fauteuil poussiéreux et surtout les perruques si chargées qu'elles dégagent des nuages de poudre à chaque mouvement. Passé le portail, d'immenses couloirs qui résonnent, pleins d'encens, de candélabres, de fumée des bougies coulantes et des bruissements de robes sur parquet encaustiqué. Elle n'ose parler trop fort et il fait un peu froid dans la galerie des glaces, mais alors, quand on arrive dans la grande salle apprêtée, c'est des cris de ravissement et les premiers gloussements qui sonnent le début des réjouissances. 

Quelques notes épicées se glissent en douceur sur un floral si fondu que l'on peine à distinguer qui est qui dans ce brouhaha de taffetas broché, de redingotes bleu ciel et de collants qui ne demandent qu'à glisser. C'est riche, capiteux, un fondu d'un classicisme parfait, enveloppé par ce nuage de poudre ambrée qui flotte dans l'air surchauffé, une poudre dorée qui emplit la pièce en nous étourdissant comme après la première quadrille. 

Une mousse sèche, l’opoponax qui revient pour un tour, iris, benjoin, baume de tolu vanillé, cèdre et résines, le fond de Bal est une merveille d'ambre musqué. Car ne l'oublions pas, on ne se lavait pas des masses à cette époque là et la pratique de la surcouche de fards remonte à loin dans le temps. 
Alors que l'eau de toilette est franchement plus poudrée, l'eau de cologne était réputée pour ses notes plus animales, une fourrure de civette se glissant en catimini sous la robe et c'est elle la dépravée sous ses airs de bonne famille.  

Bal à Versailles est un monde un peu oublié, d'une richesse et d'un velouté exquis qui a traversé sans grand bruits les modes depuis sa création en 1962. Parfum emblématique de Jean Desprez, il aurait tout aussi bien pu naître à l'époque de l'Heure bleue où d'Habanita cet ambré fleuri épicé. Un parfum rétro poudré Louis XIV,  parfum de précieuses pas ridicules pour un sequin,  plutôt joyeux et fêtard, qui en fait un peu trop parfois mais c'est tellement bon d'être excessif. 
Même le flacon flasque est au delà du too much avec son icône centrale représentant des dames à chapeau de plumes auréolées d'une douce innocence. Comme beaucoup de survivants, il a subi bien des variations, j'ai un souvenir ému à la pensée du parfum de toilette qui était absolument divin, mais Bal à Versailles a de beaux restes et ce qui ne gâche rien,  coute bien moins cher que tous ces orientaux nichus et ennuyeux. Pas besoin de la ramener pour sentir la cocotte, c'est dans les bas étages que l'on a les bras les plus accueillants. 


Photo: collection perso.



jeudi 10 octobre 2013

Jean Patou 2013, le retour de Chaldée.



Cela se confirme, il y a un dieu de l'amateur de senteurs. Et il réside en Chaldée. 
Le parfum le plus  lumineux, irradiant que je connaisse est de retour, un mythe pour les  férus de parfums solaires, traversés par l'été et le sable chaudDisparu depuis sa dernière édition sous la houlette magique de Jean Kerléo en 1984, le mythe renaît donc de ses cendres mordorées et est à nouveau disponible dans une nouvelle collection créée pour l'occasion. La Collection Héritage  regroupe pour l'instant trois fleurons de la marque : L'eau de Patou, Patou pour Homme et Chaldée. 
A la tête de l'orchestre moléculaire : Thomas fontaine, sur une partition d'Henry Alméras de 1927. 

L'histoire de Chaldée est celle d'un fantasme, celui d'une lointaine contrée  au bord de la mer rouge  abritant les cités de Babylone en plein désert frappé par le soleil et le vent, qui rencontre l'effervescence art déco, les architectures d'André Marre et les années folles, le jazz et la fête à plein temps.  
Ce fut d'abord une huile sur un accord  floral épicé avant de devenir un parfum. Patou le visionnaire imaginait les corps de femmes libérées et Henry Alméras le nez de la maison, leur offrait l'huile solaire. C'était avant, avant que le monoï et les senteurs synthétiques l'Oréal n'envahissent et ne polluent les plages. Quand on venait d'inventer le maillot  de bain et le bronzage après des siècles de teint blafard et laiteux. 

L'huile de Chaldée était une mixture épaisse et rouge, qui ne protégeait rien évidemment mais sentait divinement bon. Le salicylate de benzyle à l'odeur de fleurs chauffées au soleil, d'abord utilisé comme filtre sentait tellement bon en effet, qu'il entra rapidement dans la composition des parfums. Ainsi naquit Chaldée. 

Dense et intense, tassé par le temps, ramassé et cuit au soleil, il illumine son porteur en lui offrant grâce et volupté. Jacinthe, fleur d'oranger, œillet sur les bords et jasmin sur fond d'ambre musqué, cosmétique, mais sans gras, plutôt du côté baume charnel et fondant que de la vanille attrape mouche. La jolie verdeur du départ laisse place à un fleuri enivrant, une petite touche d'indole chatouille et titille la narine agréablement, nous rappelant que la peau nue et exposée au soleil dégage une odeur fleurie, épicée, douce et salée. On reconnait au fond cette sorte de Patounade, ce satiné si précieux qui transporte sur les plages des années 30, une poudre sèche comme un sable fin qui colle à l'épiderme. 

Le nouveau Chaldée 2013 est plus frais forcément, rafraîchi, lumineux toujours et aérien comme au premier jour. Un miracle vous dis-je.  
D'accord, cette  ré-édition n'a pas la note de fond animale d'arrière du genou qui colle, un mélange de vieux savon et de macérat musqué et ce n'est pas plus mal, l'érotisme vieille peau pouvant rebuter au 21ème siècle. 
Et oui, il y a peut-être aussi une note un peu "bac à glace" en tête qui surprend , mais trêve de chipotage !  Thomas Fontaine a fait un travail formidable avec les matières a sa disposition et les normes actuelles. 
Et c'est un bonheur de voir des marques comme Patou reprendre du poil de la bête et avoir l'intelligence de ne pas sortir un shampoing quand elle dispose d'un catalogue aussi prestigieux et mythique. Alors on ne boude pas son plaisir, on ne fait pas la moue, on sourit et on sent bon le sable chaud, Deauville en 36 et les promenades au bord de l'eau.   


C'est mon parfum des soirs d'été alanguis, quand la chaleur tombe et qu'une légère brise caresse la nuque, quand les cigales d'un coup s'arrêtent de chanter et que le calme de la nuit enveloppe le tout d'un voile mystérieux. L'heure des amants. 
L'été indien lui sied bien et l'automne lui va comme un gant, car toujours il rayonne et irradie, enivre comme une journée passée à rêvasser sur la plage,  grisé de liberté, celle des vacances seulement troublées par des éclats de rire. 



Photos : La première est volée à Ambre Gris, par pure jalousie pour son foulard je l'avoue. Sinon, j'ai le même flacon. Et la deuxième, la Collection Héritage. 

dimanche 14 juillet 2013

Lys Epona




Ça y est il est là. On a suivi l'affaire de près sur son  Journal de bord d'un parfum. L'auteur est une amie, on a souvent glosé autour d'un verre de vin charpenté et de tartines de charcutailles diverses des affres du parfumista au pays de glucideland, de nos histoires d'odeurs et de rêves de parfums, des trucs de salive sèche et bien sûr de lys cuiré. 
Dame Cymoril donc, bien connue des forums parfumés, raconta son histoire au tenancier du pire bouge à parfums de la capitale : Jovoy, la boutique de toutes les tentations, sise rue Castiglione à Paris, tout prêt du parc des Tuileries. L'occasion était trop belle, cela sonnait comme un brief, il fallait offrir à cette histoire d'odeurs son écrin parfumé, ce que fit François Henin le propriétaire en décidant de donner carte blanche à Cymoril. La mise en œuvre fut confiée à Amélie Bourgeois et toutes deux de connivence, parfumeuse et muse amusée, ont travaillé à donner corps à ce morceau de vie : un bouquet de lys croisant un défilé à cheval.

Quelle excitation donc de voir éclore un rêve, d'avoir suivi son déroulement comme en reportage sur le vif, et d'enfin découvrir l'objet final prêt à devenir l'histoire de celles et ceux qui voudrons bien voyager sur cette monture. C'est comme  avancer dans une demeure ancienne et de se dire "tiens, j'ai l'impression d'être déjà venu ici", mon imaginaire s'y colle parfaitement. Un tableau de Gustave Moreau sur un mur, une soudaine envie de porter une redingote, un brin dandy écoutant du Bowie : Oh you, pretty thing ! 

Et puis direct crochet du droit, le cuir en pleine face, dans la figure le crottin frais et le souffle du cheval passant fier harnaché surplombé d'un type à casaque hautaine et tout à fait charmant. Derrière, un magnifique bouquet de lys à peine ouverts au bras, passe une femme 1900 à voilette et ombrelle timide, pressant le pas pour sortir de la foule. Un instant suspendu, leurs regards se croisent furtivement, et l'un et l'autre rougissent en tentant de cacher l'émoi. 
La robe qui traine à terre est soulevée pour éviter les honneurs chevalins, un vent de pisse balaie la foule emmêlant la bête et le lys. Puis le bouquet se déploie et la fleur blanche soi disant virginale prend le pas. C'est fini, le cortège s'éloigne ne laissant qu'un souvenir de regard croisé, un  bel inconnu sur son destrier et une apparente frêle jeune fille qui tentent d'échapper aux convenances l'espace d'un instant de liberté.

Ce souffle de liberté et le gout pointu de son instigatrice me baladent entre une rigueur quasi corsetée de cuir et ce juste ce qu'il faut d’excentricité florale pour attiser le flamme et faire battre le cœur. Dès l'attaque des notes vertes contrastent très élégamment avec le cuir, maintenant la fraicheur et la jeunesse du parfum, un air d'innocence et de surprise ; quelque chose de vaguement humide également, l'impression qu'il a plu juste avant le défilé, presque moite.  Jamais le lys ne dégueule son pistil vulgairement, il se sèche à peine de narcisse et de foin maché puis il s'adoucit, se veloute avec le temps, moletonne et c'est là que je le préfère. Le musc  final est simplement envoutant, un tapis sur lequel on se prélasse en gardant précieusement le souvenir toujours présent du regard croisé. Ce parfum est un fantasme.
Le flacon est absolument fabuleux : une vieille chose comme on les aime, habillée de neuf,  et ce bouchon mon dieu, une corolle. Je n'ai pas encore découvert l'étiquette et la boite rêvée par Cymoril mais comme un dandy masquant son impatience dans une pose nonchalante  :  Que dire sinon, je suis charmé.


Le parfum sera incessamment sous peu disponible chez Jovoy, encore un tout petit peu de patience. Il fallait bien un 14 juillet, et le défilé de la garde républicaine pour cet article.
Tableau: Gustave Moreau, Venice.  

mercredi 3 juillet 2013

Tom Ford, Sahara noir.





Le duty free a du bon parfois, quand errant désœuvré en attendant le départ on teste pour tuer le temps. Et me voilà au rayon Tom Ford parfums, noir et or comme il se doit, dégainant la mouillette devant le dernier opus. Et c'est encore une bonne surprise, après le Noir pour homme l'année dernière, Violet blonde l'année d'avant, voici Sahara noir. 
Un parfum sale comme j'aime. Sale et poussiéreux, buriné par le vent brulant du désert, une oasis au milieu des odeurs de lessives fruitées et des insipides jus lavasses. 

Comme toujours chez Ford, nous sommes à un battement de cil du vulgaire, le flacon doré de quasi mauvais gout, le noir du nom idem (soupirs de lassitude), et un jus monumental qui vous remplit un avion en moins de deux. Mais contre toute attente, ça marche. Parce que parfois à force d'en faire trop on atteint une espèce de détachement bouddhique qui nous pare d'une aura de douce sérénité. Et c'est d'ailleurs cette ambiance contemplative qui me séduit ici, comme ralenti par la chaleur du désert, bercé par une fumée d'encens sur fond de baumes et d'ambre, évitant de justesse le collant d'une mélasse au pruneau et le sirupeux d'une confiture de pin mais jouant finement sur la sécheresse tout du long. Un parfum qui a une histoire à raconter, qui me parle. 

Une bouffée d'encens et de résines s'échappe du flacon, et nous voilà écrasés par la chaleur dans un souffle sec d'Iso E super qui soulève le tout. Je vois défiler les cyprès de bord de routes toscanes, les mythiques ziggourat noircies de fumées qui s'échappent de braséros décorés, une vague verte de calamus passe rapidement, de la cannelle en bâtons qu'on jette sur le brasier, un léger fumet animal de cire d'abeille et surtout ce fond qui embaume le tout de benjoin, de ciste labdanum aux accents cuirés et d'une lichouille de vanille plutôt gousse que vahinée. Pas exactement dans la finesse, plutôt du style bazooka olfactif avec une diffusion terrible, mais... je trouve ça incroyablement sexy. 

Comme dans un roman de gare on nage dans le chic trash: madame n'a pas froid aux yeux, adopte un poilu de type viking australien et le ballade en touareg dans le désert marocain. Elle prend des poses de déesse méditante, fait mine de lire du Jane Austen mais ne pense qu'à la robe Léonard qu'elle vient d'acquérir.
Souvent chez Ford, le genre est suffisamment flexible pour qu'on puisse sans rougir passer au rayon d'en face et je me ferai un plaisir d'aller brûler en enfer saharien cet été. 


Photo: La tour de Babel, Brüegel. 


vendredi 31 mai 2013

Mitsouko and co : retour en grâce.




Je reviens d'un long périple au Mexique et qui l’eut cru, Mitsouko sied parfaitement à Mexico ! Le chypré fruité à l'ancienne s'y déploie, rond et chaleureux, aussi mystérieux qu'une pyramide, envoutant comme au premier jour. 
Ce fut donc l'occasion de tester ma dernière acquisition, une eau de parfum RECENTE. Et oui, tout arrive et c'est ma grande découverte du printemps : les vieux Guerlain ont repris du poil de la bête et ont été retouchés intelligemment. Un beau travail pour redonner faste et splendeur à ce monstre de la parfumerie moderne qui dépérissait sur les basses étagères des marchands de senteurs.

Aux dernières nouvelles ce monument était en passe de sombrer dans les oubliettes des parfums massacrés à la tronçonneuse réglementaire. Saccagé par une retouche mal faite, il avait à mon nez l'effet d'une scie sauteuse me vrillant le cerveau, une note extrêmement acide et désagréable qui dissonait et déséquilibrait le tout, l'impression d'une désincarnation, d'un Mitsouko anorexique. Le surprise fut donc énorme quand au détour d'un test dédaigneux errant désespéré dans un supermarché du parfum, de découvrir que, tient, mais il est tout à fait comme il faut, et ô soupir, langueur, mais il est même très bien !

Thierry Wasser, pilote parfumeur du paquebot Guerlain a re travaillé certains des mythes pour leur rendre autant que faire se peut, leur splendeur déchue.  Ainsi pour Mitsouko, il a recréé une base mousse de chêne, puisque la matière a été amputée de certaines de ses molécules allergisantes, perdant ainsi une partie de son odeur de sous-bois caractéristique. Le jeu a consisté à lui redonner les facettes manquantes, tout en respectant les réglementations.

A l'origine le parfum contenait également une infusion de musc, du vrai musc tonkin interdit depuis longtemps, qui avait simplement été remplacée par une dose équivalente de musc synthétique, ce qui n'a pas du tout le même effet évidemment. Wasser a donc refait une base de musc en infusion, flirtant avec les limites réglementaires encore, qui donne une sensation de moelleux que l'on croyait à jamais disparue.

Le résultat: Un Mitsouko moins sombre qu'il n'a été, pas rieur pour autant ne poussons pas, ample, souple et surtout parfaitement portable.

On a tellement glosé, tapé sur les maisons de parfum pour ces reformulations atroces  que l'occasion est à saisir de saluer l'initiative et remercier la maison Guerlain d'avoir redoré le blason de ses anciennes gloires pas tout à fait déchues. Et je me suis laissé dire que le parfumeur a pris beaucoup de plaisir à trifouiller dans les entrailles du monstre sacré. Il a refait non pas deux concentrés ( l'eau de toilette d'un côté et l'autre pour l'eau de parfum et l'extrait) mais trois, un pour chaque concentration, afin encore de coller aux limites.
Nous sommes plusieurs radicaux du chypre à avoir sauté sur l'occasion inespérée de racheter un flacon neuf  et nous pouvons sans moue dubitative arborer fièrement notre Mitsouko nouveau : ne boudons pas notre plaisir !


Photo personnelle : divinité féminine Téotihuacan.

vendredi 19 avril 2013

Antilope de Weil, 1945.



Début XXème, la maison Weil était spécialisée dans les parfums fourrures. Pour un fourreur parisien réputé c'était la moindre des choses. Il y avait eu Zibeline (un bijou de 1928), Hermine, Chinchilla... il y aurait donc cette Antilope en 1945 au sortir de la guerre. En gros, un floral aldéhydé boisé un brin classique et qui pourtant se démarque de ses confrères plus dames par ses herbes et son boisé sec intense et mystérieux, pas si fauve mais bien sec, herbes prêtes à prendre feu, myrrhe suintante d’arbustes clairsemés et un floral survolant le tout, comme une brume de chaleur.   

Où quand la cocotte se la joue Out of Africa. Et telle Meryl décidée, courre la savane pour sauver son amant qui s'est encore fourré dans une histoire pas possible. Un parfum de savane, d'étendue sèche à perte de vue. 

Un iris braisé, confit dans du santal et des bois secs et résineux, un floral compact mettant en vedette les suspects habituels : rose jasmin et une intéressante note jacinthe/muguet qui semble une bouffée d'air frais dans cette torpeur. Un peu d’œillet pour les épices et puis viennent les herbes : camomille, sauge, de ces plantes qu'on croise sur les collines en plein cagnard, desséchées par le soleil et le vent mais terriblement odorantes et envoutantes. On est par instants au bord de l'immortelle cramée, caramélisée safran voire myrrhe mystique. Cette dernière n'est pas mentionnée dans la composition officielle et pourtant c'est bien elle que je sens : épicée sucrée miel, anisée réglisse et légèrement animale. Tiens ? Justement l'animal, l'antilope n'y est pas si imposante que cela, plutôt tapie dans l'ombre,  ou fourrure poussiéreuse du prédateur aux aguets, quasi cuir daim souple et vivant, on sent presque la peau palpiter. 


C'est mon parfum des soirées d'été quand la chaleur tombe et qu'une légère brise monte de la mer pour rafraichir les maisons surchauffées. Le parfum de toilette est parfait, un voyage sans bouger. Et l'extrait ?  C'est le N°5 porté par Hugh Jackmann de retour d'une virée dans le bush australien. Une peau chaude et fleurie, souriante et animale mais qui ne se laisse pas facilement apprivoiser : sauvage et  érotique en diable. Tout moi en somme. 



Photos: Extrait de Out of Africa. Et collection personnelle.

lundi 18 mars 2013

Serge Lutens, La Fille de Berlin


La  cuvée Serge Lutens 2013 est sortie. Et de quoi s'agit-il? 
D'une belle grosse rose rouge qui tâche.

La Fille de Berlin. Elle mange des cerises dans un parc un peu avant l'aube après une nuit moite en boite de nuit. Son cavalier ivre dort sur la pelouse à côté mais elle attend le jour décidée, têtue. Le gars mâchait un chewing-gum menthol, elle tripote distraitement ses mèches blondes en crachant ses noyaux et sa robe est froissée.

Ça démarre métallique et presque froid, camphré. Peut-être de la cardamome, un peu de poivre, le vieux Maître n'aime pas les notes et se tait sur les compositions, nous n'en saurons rien sauf pour la rose qui trône royalement. Mais l'opulence de la reine des fleurs est ici maitrisée, tenaillée, allemande. Une rose habillée, couture, distante, elle est pourpre, vineuse, sanguine,  et les quelques notes vertes ne font pas long feu  laissant place à la touffeur de fleurs froufroutantes qui s'étoffent progressivement en se faisant miellées, presque crasse. (Sans doute une quantité de phenylethyl benzoate une matière que j'adore pour ses accents de miel de rose justement ). 

La Fille de Berlin c'est des cerises, framboises et quelques solides molécules de puissante rose fruitée qui habillent et tiennent le parfum de bout en bout, soutenu par une bonne dose de bois comme il se doit chez Lutens. On craint le pire, tomber dans la sucraille et le collant d'un jus confituré mais non, elle sait se tenir la petite et sa robe noire n'est pas vulgaire. 

L'ambiance expressionniste un peu arrogante, l'éclat du rubis, tout concoure à faire de cette énigmatique berlinoise une fleur amoureuse parée d'une aura distante de mystère et comme sortie tout droit du Metropolis de Fritz Lang telle une vestale lutensienne sortant de la toile, de noir vêtue comme Serge revenant aux origines. Et je pense au mythe Nombre noir et sa débauche de damascones qui augurait dans les années 80 d'une parfumerie excessive, baroque et délicieusement orientale. Un peu brute et épineuse, quasi rock en 2013 Le fille de Berlin a pour moi la voix de Marianne Faithfull chantant Les mystères de l'amour.





(La vidéo est rachitique et frise le hideux mais c'est tout ce que j'ai trouvé pour illustrer)
Photo: bouquet de rose papa meilland.


vendredi 1 mars 2013

L'Eau de Merzhin


Voilà, ça y est, elle est là, L'Eau de Merzhin.  
Et je n'en suis pas peu fier. 
Difficile d'en parler tant la chose me semble personnelle et en même temps, elle ne m'appartient plus maintenant, d'autres nez peuvent en jouir et s'en délecter. Enfin j'espère. 

Pour ma première incursion de l 'autre côté du miroir de la parfumerie, c'est à  mes racines que j'ai pensé. J'ai passé une bonne partie de mon enfance à gambader dans les prés, à sillonner les bois moussus des campagnes bretonnes et à parcourir à pied les landes mystérieuses des Monts d'Arrée. Autant dire que les  contes et légendes de Bretagne m'ont imprégné dès l'enfance et que j'ai de bonnes racines breizhou. 
Le thème est donc la Bretagne au printemps, la fraicheur des herbes de prés, l'eau qui coule, la terre mouillée, la campagne qui s'éveille, les oiseaux qui pépient, les premières fleurs sauvages qui pointent: douceur et détermination. Mon intention, en sus de me laisser guider par les matières qui ont semblé évidentes à assembler, était d'évoquer un paysage, des souvenirs avec sans doute une pointe de nostalgie. Et puis l'enfance, il y a quelque chose d’enfantin et dans ma façon d'aborder la création et dans le résultat final. 

J'aime les matières naturelles, L'Eau de Merzhin en est gorgée à plus de 70%, de belles matières, des absolues, des extraction CO2 et des huiles essentielles choisies pour leur qualité et leur pureté olfactive. Le résultat : un parfum décalé, intense, tendre ; des notes de tête très vertes,  fraiches et vives qui s'adoucissent pour s'alanguir sur un fond plus sec de foin coupé. 
Galbanum, Angélique,  cassie et feuille de violette pour le vert un peu poudré anisé et aromatique. L'absolue feuille de violette apportant également une sensation de mouillé, d'humide sans avoir eu besoin de faire appel à ces notes aqueuses synthétiques que je déteste.
Aubépine, jacinthe d'eau et héliotrope pour le coeur floral  léger. J'avais l'image des ces bosquets d'aubépine en fleur au tout début de printemps qui ne durent que quelques jours et embaument les prairies d'une douce odeur suave et entêtante. Et pour le fond: du foin, flouve, fève tonka et de la mousse. La flouve étant une herbe sauvage très chargée en coumarine à l'odeur douce de foin sec. Enfin, il y a une belle note d'iris qui lie le tout comme un fil conducteur. 
Deux matières synthétiques essentiellement sont mises en valeur: l'anysaldéhyde aux accents de mimosa anisé et l'ambrettolide un musc un peu vert qui rappelle l'ambrette et aussi l'angélique par moment. Quelques ionones forcément soutiennent la violette et une touche plus sale de crésols et de notes animales évoquent la terre, le cuir et la mousse. 
  
Il y a d'abord eu plusieurs versions appelées Fleurs du ruisseau, avant d'aboutir au parfum final et de me lancer dans l'aventure d'une petite production.  Sans formation formelle en parfumerie et dans l'art de composer, il m'a fallu beaucoup de tâtonnement, une part de chance et faire appel à mon intuition et à tout ce que j'avais pu lire, sentir auparavant pour inventer ce parfum. Et puis j'ai eu la chance tout au long d'avoir un panel de testeurs prestigieux, confrères blogueurs, parfumistas émérites qui ont bien voulu jeter une narine sur mes touilleries et donner leur avis éclairé qui chaque fois m'a aiguillé sur le chemin de la création. C'est toujours un honneur de faire sentir à des professionnels une petite chose que l'on a concocté dans sa cuisine, et encore plus quand ils sont séduits. 
La magie a également opérée quand en passant de l'essai à la production finale, le changement de qualité en matières premières a modifié et embelli tout le parfum : l'iris beurré que j'y ai ajouté a fait des merveilles et me ravi encore chaque fois que je le sens. Ce qui n'était pas prévu mais qui finalement me rempli de fierté, c'est cette ambiance vintage de parfum ancien que l'on perçoit dès l'ouverture. 
Mais je crois que la claque majeure, ce fût de sentir pour la première fois L’Eau de Merzhin fraichement mise en flacon, sur une amie qui l'a de suite adopté. Quel sentiment étrange de côtoyer son bébé porté par quelqu'un d'autre. Parfois bien sûr c'est affreux, je ne vois que des défauts, et d'autres je n'en reviens pas : c'est moi qui ai fait ça?
Bref, je suis sur un petit nuage depuis le début et il s'avère que je ne suis pas prêt de redescendre. 


L'Eau de Merzhin est disponible en flacons de 50 (90€). Pour celles et ceux qui voudraient le découvrir, merci de me contacter à cette adresse: anatole.lebreton@gmail.com
Je peux également envoyer des échantillons.

Le nouveau flacon :