jeudi 19 avril 2012

By Kilian: Water Calligraphy et Bamboo Harmony

La marque hype et chic, après nous avoir fait le coup des milles et une nuits, se penche sur les légendes asiatiques.. et son marché.  A la conquête du monde?

Water calligraphy.
Autant le dire tout de suite: dès le départ, j'ai l'impression d'être à l'entrée d'un Séphora de base. Un mélange assez cacophonique d'eau (l'impression de flotte forale indistincte est assez bien rendu), c'est chimique, synthétique, lessivé à grande eau. 
Ensuite ça se pose. Un magnolia, une pointe plus grasse de jasmin sambac qui fait alibi naturel et me semble un peu perdu dans toute cette synthèse crissante, le seule chose qui sauve cette eau de calligraphie du naufrage. Et que dire d'autre, à part que ça sent le shampoing Garnier Fructis de niche. 
Et c'est d'autant plus rageant que le floral aquatique est quand même un genre largement exploré depuis des années et qu'on a déjà senti beaucoup mieux ailleurs. Fleur de Liane chez l'Artisan Parfumeur dans l'idée offrait un bien meilleur rendu plein de poésie. 

"C'est frais" et calibré J'Adore. Ce n'est pas hideux, je porterai même volontiers ce genre de fragrance en crème de jour rafraichissante, mais cela ne fait pas un parfum à mon sens. Le tout est bien exécuté, on sent la patte et l'expérience de la parfumeuse mais ça ne me touche pas. Pire,  ça me met en rogne. Je sais bien que je ne suis manifestement pas la cible de ce genre de jus romantique, jeune et jolie. Mais j'ai tellement l'impression que l'idée majeure de cette nouvelle collection est de draguer le marché asiatique avec des senteurs lisses, propres et passe partout et surtout  à mon avis d'un ennui profond que l'on se pose vraiment des questions sur le cynisme de l'équipe marketing. 
By Kilian nous avait habitué à un peu plus d'audace et de classe. Dommage. 


Bamboo Harmony est heureusement d’un autre acabit. Plus richement orné et évocateur de l'Asie. Une volée de citrus attire l'attention en tête. J'aime beaucoup la bigarade avec ses accents verts néroli qui annoncent la suite: un mimosa et surtout un thé blanc assez réaliste. Plutôt l'infusion que la feuille sèche avec ses notes de noisettes et d'amande subtiles et rondes, on sent la douceur duveteuse des bourgeons d'Aiguilles d'argent. Et l'on retrouve l'acidité du maté, le lacté des feuilles de figuier qui rejoint les notes beurrées et coumarinées du thé blanc. C'est élégant, bien maitrisé, peigné comme un jardin japonais et effectivement empreint de cette espèce de quiétude et de recueillement que l'on ressent en tentant la méditation devant un bonzaï. On sentirai presque le vent caresser les bambous et les feuilles bruire en sourdine, comme pour ne pas déranger. 
Hélas le fond retombe dans le musc délavé et les notes de cœur qui s'étirent tant qu'elles peuvent. Bien loin de la précision du trait et la concision des estampes japonaises. 
Moi qui rêvait d'un parfum Haïku qui m'aurait ouvert des horizons..

Au final je suis plus que dubitatif devant cette nouvelle collection; j'espère vraiment que les opus à venir sauront explorer des sentiers moins rebattus et nous faire vraiment rêver d'Asie, de feux d'artifices et de légendes, plutôt que de stratégie commerciales



4 commentaires:

  1. Bien que je considère la marketing de cette marque un peu trop ostensiblement racoleur, je reconnais volontiers la qualité des matières employées, le savoir faire technique manifeste de Calice Becker. Après la séduction un peu aguicheuse de la série l'Oeuvre Noire, "Arabian Nights" ciblait déjà une clientèle potentielle au portefeuille bien garni en surfant sue cette vague "oud".
    Certes, les relais de croissance se situent désormais ailleurs... mais si vraiment comme tu le dis les parfums de cette nouvelle série (en tous cas Water Callygraphy) flirtent avec une tendance déjà fortement éprouvée par le mainstream alors la légitimité du positionnement -prix ne peut que laisser songeur...

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    1. Ma première réaction ça a été: au moins ce n'est pas un oud. Mais peut-être est-ce pire.
      La qualité des matières des deux premières collection valaient sans doute le positionnement prix mais là j'avoue que ça me laisse perplexe: 175€ les 50ml d'un jus somme toute qualitativement moyen, c'est un positionnement marketing douteux. Je suis tout à fait conscient qu'une maison de parfum doivent aussi être une entreprise rentable. Mais il y a l'art et la manière de faire de l'argent en vendant du beau, du rêve et de la qualité.

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  2. Une critique si pertinente, hélas.

    Si j'avais été assez séduit par certains opus de L’œuvre noire, j'avoue que les séries suivantes, et singulièrement, celle des oud, me déçurent.

    Une maison, qui prétend - légitiment - que le parfum est un art, se doit de produire des jus, qui soient audacieux, créatifs et, pour le moins, beaux. Et, avec cette dernière collection, nous en sommes loin, très loin.

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    1. L'Oeuvre noire avait eut un peu de mal au démarrage à cause d'un blabla promotionnel un peu ampoulé et too much, mais elle avait finit par s'imposer par la qualité des parfums et la cohérence des différents opus. Ensuite j'avoue avoir décroché après les deux premiers ouds que je trouvais très bien. La vague oud avait eut raison de mon intérêt pour la matière, au point que je tourne les talons dès que j'entends qu'un parfum en contient. J'espère que cette nouvelle collection n'augure pas d'un prochain trend!
      By Kilian démontre bien en tout cas que le parfum est un art mais surtout un business pour certains.

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